Sur le papier, l’idée séduit : une société andorrane à 10 % d’impôt, des dividendes à 0 %, et une vie qui continue en France. En pratique, ce schéma est le plus requalifié par l’administration fiscale française. Une gestoria sérieuse vous le dit avant, pas après. Voici les quatre verrous juridiques à connaître — puis la seule façon de profiter réellement du cadre andorran, en toute légalité.
Verrou n°1 : une société est imposée là où elle est dirigée
Le lieu d’immatriculation ne fait pas la résidence fiscale d’une société. Le critère décisif, posé par l’article 4 de la convention fiscale franco-andorrane du 2 avril 2013, est le siège de direction effective : l’endroit où les décisions stratégiques sont réellement prises. Une SL andorrane dont le dirigeant vit à Toulouse, signe ses contrats depuis son salon et pilote tout à distance a son siège de direction effective… en France. Elle y devient imposable comme une société française : impôt sur les sociétés à 25 %, TVA à 20 % — et, l’activité n’ayant jamais été déclarée en France, le redressement se double d’une majoration pouvant atteindre 80 % (activité occulte), avec un droit de reprise étendu de l’administration. L’économie espérée se transforme en passif.
Verrou n°2 : l’établissement stable
Même correctement dirigée depuis l’Andorre, une société y reste imposable en France sur l’activité qu’elle déploie physiquement en France. C’est la notion d’établissement stable (article 5 de la convention) : une installation fixe d’affaires — bureau, atelier, magasin, chantier — ou un agent dépendant qui conclut habituellement des contrats au nom de la société. Un commercial salarié basé en France, un entrepôt logistique en propre, un local ouvert à la clientèle : chacun peut suffire à rattacher les bénéfices correspondants à l’impôt français. La structuration doit donc partir de la réalité de vos opérations, pas de l’adresse du siège.
Verrou n°3 : freelances et consultants — l’article 155 A
Le schéma « je reste en France, ma société andorrane facture mes prestations » a son article dédié dans le CGI : le 155 A. Lorsque des services sont rendus par une personne domiciliée en France mais facturés par une entité étrangère qu’elle contrôle, les sommes sont imposables en France, directement au nom de la personne — comme si la société n’existait pas. Autrement dit : tant que le prestataire travaille depuis la France, interposer une société andorrane ne change rien à son impôt… sinon en pire, pénalités comprises.
Verrou n°4 : holdings passives — l’article 123 bis
Dernier cas classique : loger un portefeuille (titres, crypto, trésorerie) dans une structure andorrane tout en restant résident français. L’article 123 bis du CGI vise précisément les participations d’au moins 10 % dans une entité étrangère à régime fiscal privilégié dont l’actif est principalement financier. L’Andorre, avec son IS à 10 % contre 25 % en France, répond à la définition du régime privilégié (imposition inférieure de 40 % ou plus à l’équivalent français). Résultat : les bénéfices de la structure sont réputés distribués et imposés chaque année entre les mains du résident français, même sans distribution. S’ajoute la transparence bancaire : l’Andorre applique l’échange automatique d’informations (CRS) depuis 2018 — votre administration fiscale voit ces comptes.
Alors, comment font ceux qui réussissent ?
Ils alignent trois réalités : le dirigeant, la direction, la substance. Le tableau ci-dessous résume les trois scénarios que nous rencontrons :
| Schéma | Analyse | Verdict |
|---|---|---|
| Rester en France, gérer la société andorrane à distance | Direction effective en France → IS 25 %, TVA, majorations jusqu’à 80 % | À proscrire |
| S’expatrier réellement et diriger depuis l’Andorre | Le schéma sûr — IS 10 %, dividendes andorrans à 0 % | Recommandé |
| Siège andorran + opérations physiques en France | Établissement stable : les bénéfices français restent imposés en France | À structurer au cas par cas |
| Analyse indicative 2026 — chaque situation appelle une étude personnalisée avec votre conseil. | ||
La voie sûre est aussi la plus simple : devenir réellement résident andorran — plus de 183 jours par an dans la Principauté, le centre de vos intérêts sur place — et doter la société d’une substance cohérente : un local adapté à l’activité, la comptabilité tenue en Andorre, les décisions prises et documentées sur place. À cette condition, le cadre andorran délivre tout ce qu’il promet, en pleine conformité : 10 % d’IS, dividendes exonérés, convention de 2013 en protection. C’est l’objet de nos pages création de société et résidence fiscale.
Notre position de gestoria
Nous ne montons pas de coquilles vides — pas par excès de prudence, mais parce qu’elles ne fonctionnent pas : elles coûtent plus cher en redressement qu’elles ne rapportent en impôt. En revanche, pour un entrepreneur, un e-commerçant ou un consultant prêt à s’installer réellement en Andorre, nous construisons l’ensemble : société, résidence, substance, comptabilité — un dossier solide, documenté, incontestable.
À retenir
- Le lieu d’immatriculation ne compte pas : une société est résidente là où elle est réellement dirigée (convention 2013, art. 4)
- Gérée depuis la France : IS 25 %, TVA, majorations jusqu’à 80 % (activité occulte)
- Prestations rendues depuis la France : imposées au nom du prestataire (art. 155 A)
- Holding passive détenue de France : bénéfices réputés distribués (art. 123 bis)
- La voie sûre : résidence andorrane réelle (> 183 jours) + direction et substance sur place
Vous hésitez entre rester en France et franchir le pas ? Nous chiffrons les deux scénarios — impôt, charges, coût de la structure — pour que la décision repose sur des faits, pas sur des promesses. Voyez aussi notre guide Andorre pour les nomades digitaux.


