En bref : l’accord d’association Andorre–UE, l’essentiel.
- L’Andorre entre-t-elle dans l’Union européenne ? Non. L’accord signé le 19 octobre 2026 l’associe au marché intérieur sans adhésion : ni membre de l’UE, ni de l’Espace économique européen, ni de Schengen, sans vote aux élections européennes ni contribution au budget européen.
- Quand s’appliquera-t-il ? Pas avant plusieurs étapes : approbation du Parlement européen (envisagée en janvier 2027), référendum en Andorre après les élections générales du printemps 2027, vote du Consell General à la majorité des deux tiers, ratification par les États membres.
- Les impôts andorrans changent-ils ? Non. La fiscalité ne fait pas partie de l’accord : l’impôt sur les sociétés à 10 %, l’IRPF plafonné à 10 % et l’IGI à 4,5 % restent des décisions andorranes.
- Un Français pourra-t-il s’installer librement ? Non. L’Andorre conserve des quotas pour les ressortissants de l’UE (actifs, passifs, saisonniers) ; le nouveau régime ne démarrera que deux ans après l’entrée en vigueur.
Réponses synthétiques d’Andorre Gestoria, cabinet fiscal et patrimonial francophone à Canillo (RLG CAPITAL, SL). Détails et sources dans l’article — à jour au 21 octobre 2026.
Onze ans de négociations, une signature à Bruxelles, et beaucoup de raccourcis dans les titres : « l’Andorre rejoint l’Europe », « fin du paradis fiscal », « libre installation pour les Européens ». Aucun n’est exact. L’accord d’association signé le 19 octobre 2026 est un traité d’intégration économique, pas une adhésion ; il n’est pas encore en vigueur, et il laisse hors de son champ deux sujets qui comptent pour nos lecteurs : la fiscalité et la maîtrise de l’immigration. Voici ce que dit le texte, d’après les documents officiels du Govern d’Andorra et des institutions européennes.
Ce qui a été signé le 19 octobre 2026
L’accord a été signé le lundi 19 octobre 2026 à Bruxelles par Xavier Espot, chef du Govern d’Andorra, Luca Beccari, ministre des Affaires étrangères de Saint-Marin — le même accord associe les deux États —, et le commissaire européen Maroš Šefčovič. Le même jour, l’Andorre a signé une modification de l’accord monétaire de 2011, qui lui permet d’utiliser l’euro comme monnaie officielle : une partie de son contenu sera reprise par l’accord d’association si celui-ci entre en vigueur (communiqué du Govern, Commission européenne).
Le chemin a été long : mandat de négociation adopté par le Conseil de l’UE en décembre 2014, discussions ouvertes en 2015 avec l’Andorre, Saint-Marin et Monaco — dont les négociations ont été suspendues en 2023 —, négociations conclues le 7 décembre 2023, propositions de la Commission en avril 2024, puis feu vert du Conseil à la signature le 16 juillet 2026.
Sur le fond, l’accord fait participer l’Andorre au marché intérieur — libre circulation des marchandises, des services, des capitaux et des personnes — en échange de la reprise d’une large part du droit européen, y compris de ses évolutions futures, avec des dérogations négociées. La Cour de justice de l’Union européenne y est l’arbitre ultime de l’interprétation. En revanche, l’Andorre ne devient ni membre de l’UE, ni partie à l’Espace économique européen, ni membre de l’espace Schengen : ses citoyens ne votent pas aux élections européennes et elle ne contribue pas au budget de l’Union.
Le calendrier : signé, mais pas encore applicable
Le Govern le dit sans ambiguïté : la signature « n’active pas l’accord ». Elle clôt la négociation et ouvre la phase de ratification, qui comporte plusieurs verrous, dans cet ordre :
| Étape | Ce qui doit se passer | Calendrier connu |
|---|---|---|
| 1. Parlement européen | Approbation du texte, avant sa conclusion par le Conseil de l’UE | Vote envisagé à la session plénière de janvier 2027, selon la presse andorrane |
| 2. Référendum en Andorre | Consultation des électeurs andorrans, dont le Govern s’engage à respecter le résultat | Sans date : après le vote européen, en tenant compte des élections générales prévues au printemps 2027 |
| 3. Consell General | Ratification à la majorité des deux tiers (19 conseillers sur 28), seulement si le « oui » l’emporte | Après le référendum |
| 4. États membres | L’accord étant « mixte », chacun des 27 États doit aussi le ratifier | Procédure longue, État par État |
| Côté européen, l’accord pourra être appliqué à titre provisoire dès que les procédures andorranes le permettront. Saint-Marin, qui n’organise pas de référendum, pourra l’appliquer plus tôt. | ||
Le référendum est consultatif, mais le Govern s’est engagé à le considérer comme politiquement contraignant. Seuls les Andorrans ayant le droit de vote y participent : les résidents étrangers ne votent pas. En cas de « non », le texte ne sera pas soumis au Consell General et l’Andorre restera un État tiers, liée à l’UE par ses accords actuels — union douanière de 1990, accord monétaire, coopération fiscale. L’issue n’est pas écrite : au printemps 2026, le baromètre de l’institut public Andorra Recerca i Innovació donnait environ 46 % de « non » contre 33,5 % de « oui », avec une forte part d’indécis.
S’installer en Andorre : les quotas restent
C’est le contresens le plus répandu. Dans l’Union, la libre circulation permet à un Européen de s’établir dans un autre État membre sans quota. L’accord avec l’Andorre est asymétrique : les Andorrans pourront vivre, travailler, étudier ou prendre leur retraite dans l’UE comme les Européens, mais l’Andorre garde la maîtrise des installations sur son sol, avec trois quotas pour les ressortissants de l’UE : personnes économiquement actives, résidents passifs et saisonniers (contrats de moins de douze mois).
Ce nouveau régime ne démarrera que deux ans après l’entrée en vigueur de l’accord et sera révisé tous les dix ans, d’un commun accord. Le Govern assure qu’il n’ouvrira pas « les portes de manière illimitée » et l’illustre par un chiffre : si l’accord s’était appliqué en 2023, le calcul prévu aurait abouti à 354 autorisations pour des ressortissants de l’UE, alors que 2 033 ont été délivrées cette année-là. L’Andorre pourra adapter ces quotas à ses besoins et à ses capacités de croissance. Les autres règles évoluent ainsi, selon la FAQ officielle de l’accord :
| Pour un ressortissant de l’UE | Aujourd’hui | Avec l’accord |
|---|---|---|
| Quotas | Oui | Oui : actifs, passifs, saisonniers |
| Casier judiciaire | Vérification systématique | Déclaration sur l’honneur pour tous ; vérification systématique pour les métiers sensibles (santé, finance, enseignement, avocats, gestion immobilière, économie, sécurité privée), aléatoire pour les autres |
| Renouvellement du titre | 1 an, puis 2, 2 et 2 ans, puis tous les 10 ans | Durée fixée par la loi, jusqu’à 5 ans ; titre permanent au bout de 5 ans |
| Regroupement familial | Impossible si le quota est épuisé | Possible même si le quota est épuisé |
| Ressources suffisantes | Exigées | Exigées |
| D’après la FAQ du Govern d’Andorra. La politique d’immigration envers les ressortissants de pays tiers reste hors de l’accord, sauf pour les membres de la famille d’un citoyen de l’UE. | ||
Concrètement, rien ne change pour un projet d’installation en 2026 ou 2027 : les conditions actuelles s’appliquent. Pour une résidence passive, cela signifie 1 M€ investis en actifs andorrans (ou 400 000 € au Fonds du logement), 50 000 € versés à l’AFA et une place dans le quota de l’année (200 autorisations sans activité lucrative en 2026, dont 163 passives) ; pour une activité, une autorisation de résidence et de travail, salariée ou pour compte propre, dans les contingents en vigueur. Voir nos pages résidence passive et résidence active.
Impôts : la fiscalité reste hors de l’accord
La réponse officielle tient en une phrase : « la fiscalité ne fait pas partie du contenu de l’accord d’association ». L’Andorre conserve sa souveraineté fiscale : un changement de taux relèverait d’une décision andorrane, pas d’une obligation européenne — et le projet de budget 2027, présenté le 17 septembre 2026, ne prévoit pas de hausse des taux. L’impôt sur les sociétés reste à 10 %, l’IRPF plafonné à 10 %, l’IGI à 4,5 %, sans impôt sur la fortune ni droits de succession : le détail figure dans notre guide de la fiscalité andorrane.
L’accord contient toutefois deux engagements fiscaux à connaître :
- les parties reconnaissent les principes de bonne gouvernance fiscale — transparence, échange d’informations, normes minimales contre l’érosion des bases d’imposition (BEPS) — et s’engagent à les appliquer ;
- elles s’engagent à compléter, dans les quatre ans suivant l’entrée en vigueur, le protocole propre à l’Andorre pour y inscrire l’assistance mutuelle au recouvrement de toutes les créances fiscales.
Ce second point intéresse directement les Français qui partent avec des plus-values latentes. Aujourd’hui, faute d’assistance au recouvrement entre la France et l’Andorre, le sursis de paiement de l’exit tax n’est pas automatique pour un départ vers l’Andorre : il doit être demandé, avec des garanties. Si ce protocole voit le jour, la question pourra se reposer — pas avant l’entrée en vigueur de l’accord, et sous réserve de la lecture qu’en fera l’administration française. La convention fiscale France–Andorre de 2013, elle, n’est pas modifiée.
Frontières, douane et tabac : ce qui ne bouge pas
L’accord « n’élimine ni les frontières physiques ni les frontières fiscales », précise le Govern. Les contrôles des personnes à la frontière demeurent, tout comme les déclarations en douane et la détaxe (tax free), puisque l’Andorre garde sa propre fiscalité. Les franchises voyageurs — aujourd’hui 900 € d’achats, 300 cigarettes et 5 litres de vin par adulte à l’entrée en France — sont maintenues par l’accord.
L’union douanière, limitée depuis 1990 aux produits industriels, sera étendue aux produits agricoles. Le tabac bénéficie d’un régime à part, étalé sur trente ans :
- statu quo pendant sept ans, puis suppression progressive, jusqu’à la trentième année, des droits de douane andorrans sur le tabac en provenance de l’UE ;
- l’Andorre s’engage à ne pas creuser l’écart de prix avec l’État voisin où le tabac est le moins cher (aujourd’hui l’Espagne) et à renforcer la lutte contre la contrebande ; l’UE pourra prendre des mesures de sauvegarde si l’écart augmente ;
- les fabricants andorrans ne pourront plus produire de cigarettes aromatisées, mentholées par exemple.
Résidents non européens : un accord distinct sur les frontières
Les Français et les autres Européens ne sont pas concernés par le système européen d’entrée et de sortie (EES), réservé aux ressortissants de pays tiers. Pour les résidents andorrans non européens — Britanniques, Américains, Latino-Américains… —, un accord de gestion des frontières distinct a été paraphé le 25 mars 2026 ; la Commission a proposé le 7 septembre 2026 de le signer et de l’appliquer à titre provisoire. Une fois appliqué, il dispenserait les résidents légaux de l’Andorre de l’EES et de l’autorisation de voyage ETIAS, leur permettrait de circuler sans visa dans l’espace Schengen 90 jours sur 180, et cesserait de compter leurs jours passés en Andorre dans ce plafond. En contrepartie, les titres de séjour délivrés ou renouvelés passeraient, sauf exceptions, par un contrôle de sécurité de la France ou de l’Espagne, et le droit au séjour reposerait sur une présence physique réelle et régulière : un investissement ou un versement prédéterminé ne suffirait pas à l’établir. Un point décisif pour les résidents passifs non européens.
Entreprises, banques, professions : les périodes de transition
Pour les secteurs sensibles, l’accord prévoit des délais d’adaptation, comptés à partir de son entrée en vigueur. Les activités qui n’existent pas encore en Andorre n’auront à appliquer les règles européennes correspondantes qu’à leur apparition.
| Domaine | Ce qui change | Délai |
|---|---|---|
| Circulation des personnes | Nouveau régime de quotas pour les ressortissants de l’UE | 2 ans |
| Prestations de services | Libre prestation, notamment pour les professions libérales, aujourd’hui limitées à des missions de courte durée | 3 ans |
| Marchés publics | Ouverture réciproque des marchés au-delà des seuils européens | 3 ans |
| Médicaments | Plus d’importation par les pharmacies de médicaments sans autorisation de mise sur le marché européenne | 3 ans |
| Télécoms | Ouverture du marché et fin des frais d’itinérance | 7 ans |
| Services financiers | Reprise progressive des règles européennes (banque, assurance, fonds, marchés), avec réciprocité : les opérateurs européens n’entrent qu’à mesure que les entités andorranes peuvent opérer dans l’UE | Jusqu’à 15 ans |
| Tabac | Suppression progressive des droits sur le tabac de l’UE | 30 ans |
| D’après le dossier explicatif du Govern d’Andorra et la Commission européenne. Délais comptés à partir de l’entrée en vigueur de l’accord. | ||
Pour les sociétés, l’accord ne bouleverse pas la création d’entreprise : l’établissement d’entreprises étrangères est possible depuis l’ouverture économique de 2012, et le Govern n’en attend pas d’effet notable sur le nombre d’implantations — notre page création de société décrit le cadre en vigueur. Deux évolutions sont à noter : les registres andorrans seront reliés au système européen d’interconnexion des registres du commerce, chaque société recevant un identifiant unique européen (EUID) — voir notre guide du registre des sociétés —, et les entreprises andorranes pourront concourir aux marchés publics européens, comme les entreprises européennes aux marchés andorrans.
Côté patrimoine, la libre circulation des capitaux permettra aux Andorrans d’ouvrir des comptes ou d’acheter un bien dans l’UE dans les mêmes conditions que les Européens. En sens inverse, l’Andorre et l’UE sont convenues que l’Andorre pourra limiter, sur le modèle maltais, l’achat de résidences secondaires par des non-résidents, une fois sa loi sur l’investissement étranger modifiée. À suivre pour tout projet d’achat immobilier, qui supporte déjà la taxe sur l’investissement immobilier étranger (6 % à 10 %).
Ce que cela change pour votre projet, aujourd’hui
- Vous préparez une installation : raisonnez avec les règles en vigueur — loi 2/2026, quotas de 2026, contingent de 900 autorisations jusqu’au 30 avril 2027. L’accord ne les modifiera pas avant plusieurs années, et ne supprimera pas les quotas.
- Vous comptez sur la fiscalité andorrane : elle reste hors du périmètre de l’accord. Le vrai sujet demeure la solidité de votre résidence fiscale face au fisc français.
- Vous partez avec des plus-values latentes : l’exit tax se traite selon le droit actuel — sursis sur demande, dans les 90 jours qui précèdent le départ.
- Vous dirigez une société andorrane : surveillez les secteurs concernés par les transitions (services, finance, télécoms) et, dès maintenant, vos obligations déclaratives : la loi 17/2026 permet déjà de dissoudre d’office les sociétés inactives.
- Vous êtes résident non européen : si l’accord sur les frontières s’applique, votre présence physique en Andorre conditionnera votre titre de séjour. Documentez-la dès maintenant.
Nous suivons chaque étape — vote du Parlement européen, date du référendum, textes d’application — et mettrons ce guide à jour à chacune d’elles. Les autres évolutions de l’année sont réunies dans notre guide des réformes 2026.
À retenir
- Signé le 19 octobre 2026 à Bruxelles, l’accord n’est pas en vigueur
- Restent : Parlement européen, référendum andorran après les élections du printemps 2027, Consell General (deux tiers), ratifications des 27
- Pas d’adhésion : ni UE, ni EEE, ni Schengen
- Fiscalité hors accord : IS 10 %, IRPF plafonné à 10 %, IGI 4,5 %
- Quotas maintenus pour les Européens ; nouveau régime deux ans après l’entrée en vigueur
- Transitions : 3 ans (services, médicaments), 7 ans (télécoms), 15 ans (finance), 30 ans (tabac)


